Sleep No More conclut dix ans et 2 670 représentations au McKinnon Hotel de Shanghai
La production immersive Sleep No More, coproduite par Shanghai Media Group et Punchdrunk, termine sa résidence au McKinnon Hotel le 30 août, après 2 670 représentations.
La mise en scène a montré que le public acceptait de payer pour des expériences de spectacle très individualisées.
Le public entrait masqué, dans une pénombre étudiée, et déambulait librement entre des pièces qui formaient des fragments d’un même univers. Les spectateurs pouvaient suivre Macbeth, chercher les sorcières ou errer dans les couloirs pour rassembler des indices ; personne ne voyait l’intrigue entière et le fait de « manquer » des éléments faisait partie de l’expérience.
Un modèle reproductible
Coproduit par Shanghai Media Group et la compagnie britannique Punchdrunk, Sleep No More a surpris les spectateurs shanghaïens dès son arrivée il y a dix ans par son originalité. La mise en scène a montré que le public acceptait de payer pour des expériences de spectacle très individualisées. En mêlant mouvement libre, récits croisés, reprises de visite et recommandations de bouche-à-oreille, la production a offert un modèle stable et pérenne que le marché local a pu adapter.
Antécédents locaux et héritage
Pour autant, Sleep No More n’est pas l’unique origine de l’immersion en Chine. Des pratiques comparables existaient déjà : au XXe siècle, des pionniers internationaux ont repensé la relation corps-espace-public, et des créateurs chinois avaient appliqué ces idées sur le terrain. Entre 1932 et 1937, Xiong Foxi monta des spectacles à Ding County intégrant le décor au ciel réel et impliquant le public au-delà du quatrième mur. Depuis les années 2000, Wang Chaoge a étendu la scène hors du proscenium avec ses séries « Impression » et « Encore », et « Encore Pingyao », créée en 2013, a fait marcher les spectateurs aux côtés des acteurs.
Extension et limites
Au cours de la dernière décennie, le théâtre immersif s’est multiplié dans toute la Chine : théâtres, musées, centres commerciaux, anciennes usines et même parcs conçus pour la performance. Des attractions de grande envergure, comme Unique Henan, proposent 21 espaces de représentation, mobilisent près de 1 000 acteurs et présentent presque 700 minutes de matériel chaque jour ; une autre attraction, baptisée Unique Dream et inspirée du roman Le Rêve de la chambre rouge, compte quatre grands théâtres, huit plus petits et 108 espaces immersifs interconnectés pour plus de 800 minutes quotidiennes.
Cette prolifération montre aussi ses limites : un immense dispositif ne garantit pas une immersion profonde ; le spectaculaire architectural peut noyer la dramaturgie et la culture locale se réduire à des repères reconnaissables. Le terme « immersif » est devenu courant, et nombre de praticiens estiment nécessaire de redéfinir les finalités de l’immersion.
Valeur future
Pour les observateurs, l’avenir du théâtre immersif en Chine ne se mesurera pas à la taille des décors ou au niveau technologique, mais à la capacité des mises en scène à transformer l’espace en récit et la présence du public en compréhension, empathie ou réflexion. À son meilleur, l’immersion ne transporte pas seulement ; elle fait en sorte que les personnages, l’histoire et la culture rencontrés restent après la sortie, en lien avec la vie des spectateurs. Ainsi, même si Sleep No More quitte Shanghai le 30 août, son influence sur le théâtre contemporain chinois devrait perdurer.
Chiffres clés
Questions fréquentes
Que se passe-t-il le 30 août à Shanghai ?
La résidence de la production immersive Sleep No More au McKinnon Hotel se conclut le 30 août, après 2 670 représentations.
Qui a coproduit Sleep No More à Shanghai ?
La production a été coproduite par Shanghai Media Group et la compagnie britannique Punchdrunk.
Sleep No More est-il à l’origine du théâtre immersif en Chine ?
Non, Sleep No More n’a pas été le point de départ ; des pratiques immersives existaient déjà en Chine et ont été développées par des créateurs locaux au XXe siècle et au début des années 2000.
À quoi ressemblent les grandes productions immersives chinoises aujourd’hui ?
Elles vont d’attractions à grande échelle comme Unique Henan, avec 21 espaces et près de 1 000 acteurs, à des projets comme Unique Dream, qui comporte 108 espaces interconnectés et plus de 800 minutes de représentations quotidiennes.
Based on reporting by Sixth Tone